Les péniches du Rhône, sauvées des sables…

Les péniches du Rhône, sauvées des sables…

Dimanche 13 octobre, grand ballet nautique sur le Rhône en aval du Pont Morand. Les bateaux se sont déplacés pour libérer leur emplacement afin que les travaux de dragage commandés par le Grand Lyon (qui a demandé une convention de superposition de gestion à VNF pour cette partie du Rhône) à la société Tournaud puissent commencer dès le lundi matin.
Effectivement depuis plus d’un an les habitants des péniches avaient signalé au Grand Lyon le danger d’ensablement des berges du Rhône à la hauteur du début du quai Sarrail dans le 6e jusqu’en aval de la passerelle du Collège.
L’Association Rhône-Alpes de l’habitat Fluvial (ARAHF) précise que les causes de cet ensablement sont multiples. Une meilleure considération des faits par le Grand Lyon et un dialogue avec les personnes qui occupent les péniches (certains depuis trente ans) permettrait de limiter la dangereuse progression de cet ensablement et de ses conséquences. (Voir analyse détaillée ci-après: Pourquoi le Rhône s’ensable ?)
Ce matin donc, ont commencé les travaux de dragage prévu sur une semaine en travaillant du bord avec une pelleteuse sur chenille avec un long bras de 16 m de longueur. Préalablement le Grand Lyon a fait couper une bonne partie des arbres du quai, poussé là depuis 30 ans, pour permettre les manoeuvres de la grande pelleteuse.
Il est prévu d’enlever 1000 m3 de sédiments, principalement du sable qui seront acheminés par camion (8 m3) soit 125 rotations sur des lieux de dépose indiquées à la société Tournaud. Il est à noter que ces sédiments sont exempts de toute pollution et serviront de fertilisant.

Les interventions sont délicates en raison des obstacles du quai: arbres restant, pontons, bancs, éclairages publics, canalisations d’eau, électricité et téléphone alimentant les péniches via les ducs-d’Albe. Mais la dextérité et le professionnalisme du « pelleur » de Track TP associé à l’écoute et aux compétences des équipes de Tournaud (Groupe Vinci) se jouent des difficultés de ce chantier.

Chaque zone draguée est immédiatement contrôlée par les spécialistes de la bathymétrie de l’entreprise Tournaud pour vérifier si les côtes des profondeurs sont bien respectées par rapport aux mesures préalables établies avant de lancer le chantier de désensablement.

Bathymétrie du fleuve par le spécialiste de chez Tournaud

Après vérification, les bateaux reviennent à leur emplacement et le travail de dragage continue en aval.
Ce serait tellement plus simple en draguant du fleuve avec une pelleteuse sur barge ce qui aurait évité de couper les beaux arbres du quai si chers aux lyonnais… Et tellement plus efficace, pérenne et donc économique à terme, si tous les obstacles qui obstruent le courant avaient été dégagés ou enterrés: arrivées des fluides aux duc-d’Albe, tuyau d’exhaure du parking Morand, plage de sable en amont de la passerelle du Collège (qui arrête le courant)… Le sable appelle le sable!
Mais pour cela il faudrait que les services du Grand Lyon daignent anticiper et nouer le dialogue avec les habitants du fleuve afin que chacun puisse partager l’expérience de l’autre.
Dommage! Un si beau lieu que sont les berges du Rhône, fleuron urbanistique de Lyon et si cher à Gérard Collomb, devrait retenir plus d’attention et d’égards…
PB

Pourquoi le Rhône  s’ensable ?

Selon l’ARAHF (Association Rhône Alpes de l’habitat Fluvial) cet ensablement qui a de multiples causes dont la prise en compte permettrait de limiter la dangereuse progression.
Petite analyse historique : En 1987 des dragages intempestifs dans le chenal d’origine du Rhône pendant près de 2 ans ont eu des conséquences imprévues : le bris des digues sub aquatiques construites le siècle dernier pour diriger le courant vers le centre du fleuve et éviter les contre-courants; la création de fosses profondes (15 à 17m alors que le lit normal au centre du fleuve est de 10m au maximum) ; la disparition du lit de graviers au fond du lit du fleuve au profit d’un lit de sable volatil ; la création de tourbillons de courant dans ces fosses et donc de contre-courants vers les bords du fleuve. Le sable se dépose donc en bordure et s’accumule. Plus il y a de « dunes » de sable, plus le courant faiblit et plus les sédiments se déposent…
– Une baisse radicale du niveau d’eau du fleuve : en hiver, la CNR (Compagnie Nationale du Rhône) fait turbiner ses barrages pour produire plus d’électricité (surtout les week-end). De ce fait, le niveau du fleuve descend au minimum de la norme de l’étiage : côte NGF 162,50 m, alors que les bateaux flottent à 162,52 NGF. Cette baisse de niveau importante provoque l’échouage des péniches de cette zone avec pour conséquence de détériorer le fond des bateaux et de causer des nuisances importantes aux habitants du fleuve dont les péniches penchent et se vrillent.
– Des crues (et décrues) particulièrement lourdes en sédiments : les crues en se retirant, déposent leurs sédiments, d’autant plus que le niveau d’eau revient très bas (162,50 NGF) en sortie de crue. Il n’y a plus de courant pour pousser les sédiments vers le large ; de plus, des chasses de nettoyage des barrages provoquent un afflux de sédiments qui partent dans le courant (ces chasses ont été nombreuses et longues, particulièrement en 2012).
– La présence d’obstacles en fond de rivière et à proximité des berges : piles de pont très larges avec enrochements proches du bord, parfois issus d’anciens ponts détruits; présence d’épaves et divers obstacles le long des berges : divers tuyaux et déchets importants, barrières métalliques, vélos etc…
Nota : ce qui flotte ne forme pas obstacle à moins d’être très proche du fond.
Pour éviter cet ensablement des berges, il faut donc draguer. Ces dragages sont normaux tous les 10 ou 15 ans environ:
un fleuve, ça s’entretient.

Mais sur le Rhône Lyon intra-muros, en raison des causes analysées ci-dessus, la nécessité de dragage est devenue plus fréquente.
Il faut aussi noter que plus on attend pour résoudre ces dysfonctionnements, plus le sable s’accumule en ralentissant le courant et plus l’ensablement progresse de façon exponentielle ! Le sable appelle le sable!
Les solutions pour espacer les dragages qui coûtent cher à la collectivité :
– faire procéder à une étude bathymétrique et hydrologique, décrivant les phénomènes et causes avec précision,
– supprimer ou enterrer plus profondément les principaux obstacles posés au fond : tuyaux, déchets divers, enrochements inutiles et autres épaves,
– veiller à ce que les niveaux d’eau ne baissent pas brutalement en dessous de la norme de flottaison des bateaux,
– combler les fosses avec du gravier ou des galets (pas du sable !)
– nettoyer les bas des piles de pont et s’assurer que le courant passe entre la berge et la pile la plus proche de la berge en enlevant les obstacles qui s’y opposent.

/* 468x60, date de création 11/07/11 */
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